Temps de Guerre...

Publié le par Narrateur de jeu

Le soleil perçait à peine par la sombre fenêtre aux vitres colorées. L'intérieur du château ne sentait pas la richesse, mais plutôt de longues générations de vie de guerre trop près de Pôle, trop près des combats. Beaucoup de citadelles Vorozions avaient les mêmes lourdes pierre salles, les mêmes douves, les mêmes salles d'armes. Mais ce qu'elle n'avait pas, pas encore du moins, espérait Marcillus, c'était le reste. Cette salle de bibliothèque, les vitraux sur les fenêtres, les statuettes en ivoire, les tapis, la garde robe féminine sur laquelle Marcillus avait jeté un coup d'oeil en passant et surtout cet étrange objet mécanique sur lequel roulaient de boules d'ivoire, régulièrement remontées par un mécanisme invisible. Il effleura la surface polie de sa main, une pendule bien sur, précise et perpétuelle. Marcillus était "aenestor", grade élevé de l'armée Vorozion. Il était originaire d'une des plus grandes familles de Vohrs, avait reçu une excellente éducation, meilleur sans doute que la plupart des autres jeunes hommes de son niveau. Il connaissait l'existence des pendules, avait même une idée de ce qu'en était le principe - et cela lui donnait un niveau d'entendement supérieur à l'immense majorité des habitants de Tanaephis. Cela lui permettait surtout de réaliser quelle immense précision, quel temps et quel niveau de connaissance il avait fallu investir, pour créer cet objet, une précision, et un niveau de connaissance que les Vorozions était bien incapable d'y mettre. Il soupira. La porte s'ouvrit, et deux soldats introduirent la prisonnière dans la pièce.

 

Elle était habillée d'une robe en brocart élimé, et portait un collier d'argent et d'ivoire autour du cou. Son regard était calme, avec une légère lueur de désespoir. Compréhensible pour quelqu'un qui venait de voir, en quelques jours, son monde s'écrouler autour d'elle. D'un geste bref, il lui fit signe de s'asseoir.

 

-"Vous êtes bien Dame Béassix, Châtelaine du domaine de Ressac et de ses environs ?"

-"Je le suis"

-"Nous avons pris possession du petit village de Réze. Il s'y trouvait quarante paysans et leurs familles, trente têtes de bétail et dix esclaves travaillant aux moulins pour votre service. Confirmez vous ces chiffres?"

Dame Béassix exhala un soupir, dans lequel on pouvait presque déceler une petite pointe d'humour :

-" trente têtes de bétail, vous êtes très organisés."

-"Nous le sommes, c'est une de nos grandes qualités. Vous avez dû le remarquer ces derniers jours" dit Marcillus d'une voix glacial. "Confirmez vous ?"

-"Si cela peut vous faire plaisir"

-"Le château était protégé par trente hommes en armes. Vingt-deux sont morts, huit seront exécutés. Quinze esclaves travaillaient aux champs et aux divers travaux de ménage. Le domaine ne possédaient, en plus de ses terres cultivables, cinquante têtes de bétail. Confirmez vous ?"

 

-"les exécuter ?!!" La voix de la châtelaine trembla légèrement "Pourquoi ?... Pourquoi ne les emmenez vous pas comme esclave ?"

-"le Vorozions ne prennent pas d'esclave Madame." Dit Marcillus d'un ton méprisant. "Nous sommes civilisés. Tous vos esclaves seront d'ailleurs libérés, auront la citoyenneté Vorozion et nous leur fournirons un demi-ram pour fonder un foyer." Il s'arrêta un instant. "Confirmez vous ce chiffres qui vous ont été donné?"

-"Vous refusez l'esclavage mais vous exécutez les prisonniers... C'est beaucoup plus humain, en effet !! Civilisés ! Laissez moi rire ! Vos protégés vont dépenser leur demi-ram en quelques lunes et tomberont dans le servage pour dettes. Vous n'êtes que des barbares à peine sortis de vos chaînes et vous mordez ce que vous ne comprenez pas !"

Marcillus laissa son regard errer sur les livres, les statuettes, la pendule. Était ce un philosophe Dérigion qui avait dit :" Plus j'apprends, plus je me rends compte de l'étendue de ce que j'ai à apprendre" ? Sûrement. Il n'y avait que les Dérigions pour pouvoir assez de temps à perdre pour trouver ce genre de chose. Une partie de lui enviait tout cela, une autre...  Il se leva.

-"A chaque fois qu'un Vorozion délivre un esclave, Madame, quelque part dans son esprit il délivre le fils de son frère, capturé durant vos siècles de tyrannie."

-Ne vous inquiétez pour le fils de votre frère, nous l'avons accouplé avec des Hysnatons pour améliorer sa race !" persifla le jeune femme. "Vous avez tué toute ma famille, vous allez me tuer, que peut il m'arriver de pire? Vous n'êtes que des chiens, je vous crache au visage!" Et la jeune femme joint le geste à la parole.

 

 

Marcillus, s'essuya la joue d'un revers de sa manche en cuir. Il s'avança doucement vers la jeune femme. "Vous ne semblez pas très au courant de ce qui peut attiver à une jeune prisonnière en temps de guerre, Châtelaine. Vous devriez me remercier de n'être que condamnée à mort. pour la dernière fois, confirmez vous les chiffres qui vous ont été donnés ?"

-"je me moques de vos chiffres ! Je ne confirmerais rien !"

-"Très bien, je confirmerais donc à votre place. Votre accord était bien sur optionnel, mais nous devons vous le demander c'est la procédure habituelle."

La jeune femme haussa les épaules. La porte s'ouvrit et trois soldats entrèrent dans la pièce.

-"Rangez moi tout cela dans les caisses." dit Marcillus en faisant un geste en direction des objets. "Tout cela appartient maintenant à la ville de Nerolazarevskaya."

Il passa ses mains derrière le cou de la jeune femme et détacha le collier. "Prenez cela aussi. Il serait dommage ue la hache abîme la propriété de l'état."

"Aenestor" dit le plus vieux des soldats. "Si vous en avez fini avec madame, je vais aller chercher le bourreau, c'est la procédure habituelle."

Marcillus détourna le regard. La jeune femme s'était levée, et regardait la pièce. Elle passa sa main sur une tapisserie, l'effleurant du même geste presque tendre que Marcillus avait eu pour la pendule.

La porte se referma...

 

Marcillus et Béasix 

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Grand Meujeu narrateur 01/05/2010 02:07


Merci Kill-Yan ! Mais c'est pas moi qui l'ait écrit... J'ai fait que recopier parce que je trouvais cette mise en ambiance terrible.
C'est une des petites nouvelles que l'on peut trouver dans les livres de règles de Bloodlust.
Je vais faire d'autres articles sur ce jeu bientôt.


Kill-Yann 30/04/2010 22:57


Jolie, bien écrie, sympa à lire.
Par contre quel contexte? Quel Univers?